L'église
romane de MONTGUYON (17)
en
SAINTONGE
Texte
intégral de
Charles CONNOUË
Photos ex wikipédia que je soutiens et Ministère de la Culture
MONTGUYON
Chef-lieu de Canton, Arrondissement de JONZAC (à SU kms au Sud-Est de Jonzac)

Montguyon (prononcer Monguion, très bref, comme les habitants) est le canton le plus méridional de la Saintonge.
Très accidenté, il est couvert de bois où domine
le pin. Ces bois qui se continuent au delà de la province par
les immenses taillis et landes de la Double en Dordogne, alimentaient
jadis de nombreux fours gaulois qui traitaient le minerai de fer
abondant dans la région. D'importants amas de scories rappellent
seuls aujourd'hui cette industrie momentanée.
Le pays ne fut jamais très peuplé et resta pauvre
longtemps. Les communes, éloignées les unes des autres,
se composent de hameaux dispersés et de fermes isolées.
Elles forment rarement des bourgs groupés.

Les églises se ressentirent, dès leur origine, de cet
état de choses. Elles n'occupent que par exception le centre
d'un village. Elles sont comme semées au hasard dans la nature,
avec près d'elles leur ancien cimetière. Très
simples pour la plupart, moins soignées, de tout temps, par
leurs fidèles et moins bien entretenues que celles des autres
parties de la Saintonge, car il était plus difficile de s'y
rendre, elles sont construites en un matériau particulier au
pays qui accuse encore leur rusticité.
Dans toute cette région — de Montendre à
Saint-Aigulin — le sous-sol — où le calcaire
n'existe pas — est sablonneux ou formé d'une sorte de
grès, de brèche, plus ou moins compacte, composée
d'un agglomérat de grains de quartz hyalin réunis par un
ciment siliceux naturel : c'est le « grison ». Toutes les
églises des environs, ou presque, ont été
construites en grison : Boscamnant, Orignolles, Nenvicq, Bussac, La
Genétouze, etc., etc.
Au cours des siècles ce ciment s'est
désagrégé et les pierres aujourd'hui usées,
effritées et profondément délitées,
écaillées et lépreuses, donnent aux
édifices un aspect délabré, désolé
et malheureux qui accentue leur trop réelle pauvreté. Par
ailleurs, ce grison, plutôt brun clair que gris, ne pouvait se
sculpter ou s'il l'était, ne conservait pas l'arête, de
sorte que l'ornementation des églises fut réduite
à sa plus simple expression et ne nous a laissé aucun
détails intéressants. Seuls, les façades
bénéficièrent, dans leur dessin, de l'art des
constructeurs romans, mais la vétusté et les guerres n'en
ont laissé subsister que fort peu.
L'église de Montguyon n'est pas à Montguyon, mais au lieu
dit : Vassiac, à un kilomètre au Nord. Il y avait jadis
une église dans la ville même et une chapelle au
château. L'une a été détruite et l'autre
tombée en ruine, n'a pas été relevée. Une
troisième, chapelle très modeste, existe cependant
aujourd'hui dans le bourg et permet d'assurer quelques services sur
place.

L'église de Vassiac, dédiée à saint
Vincent, construite, en grison, sur le côté Sud d'une
déclivité de terrain occupée vraisemblablement
jadis par des édifices plus anciens, est romane d'origine.
Plusieurs fois saccagée, mutilée et mal restaurée,
elle a aujourd'hui un aspect des plus hétéroclites et
plusieurs de ses murs, son chevet extérieur coté Nord
notamment, donnent un bel exemple de la rusticité des
constructions de cette région.
La façade à pignon, petite et sans contreforts, est
très archaïque. Son portail a six voussures et un cordon
occupe presque toute la largeur disponible. Les cintres, en
général nus, ont été en partie refaits. Par
place on distingue quelques bâtonnets, en croix ou debout,
voisinant avec des gorges et des moulures. Des pieds droits,
récemment enrobés dans une affreuse maçonnerie et
un épais crépi, émergent : d'un côté,
deux colonnes avec des chapiteaux romans et de l'autre deux têtes
de colonnes surmontées de vagues sculptures.
Au-dessus du portail une corniche repose sur quelques modillons
rongés et informes. Partout des traces d'incendie sont encore
discernables.
Les murs latéraux ont été remontés en
moellons. Au Sud on remarque un contrefort calciné, une
fenêtre cintrée et une autre romane sans décoration.
Le puissant clocher, construit sur un croisillon, déborde
largement vers le Sud. Il a, avec son toit très bas, une
apparence de donjon, qu'il fut en réalité, du XIVe au
XVIe siècles. Une grosse tour d'escalier octogonale et un
épais con( renfort en moellons l'épaulent à ses
deux angles. Il est percé, sur sa souche d'une grande
fenêtre ogivale à un meneau, d'une petite porte auxiliaire
et à son sommet de deux ouvertures mal maçonnées.
Rebâti sans art, le chœur est suivi d'une courte abside
à pans avec un contrefort plat sur chaque angle. La
fenêtre axiale s'ouvre dans l'un d'eux. Une petite corniche sur
consoles couronne des murs dont les pierres semblent simplement
empilées.
L'intérieur en forme de croix latine, sobre et correct, corrige
l'impression pénible laissée par l'extérieur.
Entièrement remise à neuf, la nef, où l'on descend
par six marches, ne comporte plus de séparations. Elle prend
jour par deux fenêtres au Sud. Le large transept est suivi d'un
non moins large chevet. Le carré est couvert d'une voûte
d'arêtes (en béton) et les croisillons (celui de droite
sous le clocher beaucoup plus vaste), de voûtes sur
croisées d'ogives (toujours en béton). Les nervures
s'appuient sur des colonnes sans chapiteaux.
De solides arcs à plusieurs rouleaux, posés sur des
pilastres ou des colonnes à chapiteaux nus, encadrent le
chœur voûté en berceau.
L'abside demi-circulaire sous cul-de-four, est peinte et éclairée par trois fenêtres sans ornements.
Dans la chapelle Nord se remarquent, haut fixée sur le mur, une
Vierge à l'enfant debout, statue en pierre peinte du XVIIIe
siècle et dans la chapelle Sud, un grand Christ de mission, dont
le montant est, comme à Clérac, couvert d'innombrables
coeurs rapportés.
L'église de Vassiac-Montguyon s'élève non loin d'une belle source, dite « Fonclose ».
Elle est, avec la Vierge à l'Enfant, classée aux Monuments Historiques.
Montguyon fut une puissante place de guerre. Son château, qui
remonte aux premiers temps de la féodalité, prit une part
active aux luttes du Moyen Age. Il changea d'occupants maintes fois et
appartint aux Anglais, aux Français, aux catholiques et aux
protestants. Il n'en subsiste plus qu'une imposante tour en ruine sur
un plateau dominant la ville, vers le Nord. On voit encore des restes
des murailles d'enceintes et de profonds fossés. Cette tour se
dresse non loin de l'église de Vassiac et devait être
réunie à cet autre point fortifié par des
souterrains.
____________________Fin du texte de Charles
CONNOUË
Les
églises de SAINTONGE
livre V épuisé
édition:
R.DELAVAUD (Saintes)
avec leur aimable
permission._______________________________
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