L'église romane de 

CHADENAC
( en SAINTONGE)


Texte intégral de Charles CONNOUË
Photos de Bernadette PLAS et Alain DELIQUET


Les photos sur ce site peuvent être utilisées exclusivement à des fins non commerciales après autorisation et sous réserve de mentionner la source:
"Site Belle Saintonge"

CHADENAC (17)


Commune du Canton de PONS (à 12 kilomètres au Sud-Est de Pons et à 32 kilomètres de Saintes)

église de CHADENAC
La très belle église de Chadenac est une des curiosités de la Saintonge.
La richesse et le fini de sa décoration font de ce monument (mais surtout de sa façade) une merveille d'archéologie et d'art roman.

Dédiée à Saint Martin et construite dans la deuxième moitié du XII e siècle (de 1140 à 1170 précise Ch. Dangibaud)
elle a été classée Monument Historique le 11 Août 1843.
En 1838 son ancien clocher a été démoli et remplacé par l'inélégante  petite construction actuelle.


La façade de cette église est particulièrement remarquable et occupe une bonne place parmi les célèbres ensembles qui ont contribué à la renommée des églises de notre province. — Elle comprend un portail encadré de deux baies aveugles. Au-dessus se développe une arcature surmontée d'un pignon percé d'une fenêtre. C'est la disposition classique de la façade saintongeaise, mais chaque partie est ornée avec tant de variétés, chaque sculpture est d'une exécution si parfaite que l'ensemble de Chadenac est un chef-d'œuvre digne d'admiration.

portail roman de CHADENAC

Le portail à sept voussures de largeurs différentes est garni de tout un peuple de Saints, de Vierges sages et folles, d'animaux extraordinaires.
Plusieurs archivoltes sont consacrées aux luttes des vices et de la vertu, motif particulier à noire région.
Les personnages comme à Fenioux ou à Aulnay, sont couchés dans la longueur de l'arc.
De chaque côté de cette porte huit colonnes à forts beaux chapiteaux sont suivies de trois autres sur lesquelles s'appuient
les remarquables cintres des deux baies aveugles.

L'arcature du premier étage, soutenue par une corniche dont la richesse de décoration est prodigieuse,
est formée de cinq arcs romans encadrant chacun deux autres cintres plus petits, le tout porté par onze colonnes.
La fenêtre du deuxième étage, très bien dessinée, est elle-même ornée de belles sculptures.


Mais la décoration de cette façade ne se borne pas là.

église romane de CHADENAC

Deux courtes colonnes surmontant les colonnes maîtresses du portail portent deux personnages de grande taille.
Cette disposition est exceptionnelle.
Deux autres statues d'un même format se dressent aux angles de la façade.

Dans ces quatre statues il faudrait voir les trois personnages de la légende de Saint Georges :
 le Saint, la fille du roi et le dragon ; plus Saint Michel.
Elles sont malheureusement très mutilées.

église romane de CHADENAC

Les baies aveugles abritent elles-mêmes de fort beaux sujets montés chacun sur un piédestal.
Enfin les arcades de ces mêmes baies sont surmontées d'animaux allégoriques qui se détachent en ronde bosse sur le plat du mur.
C'est toujours le même thème de la lutte du Vice et de la Vertu qui se répète ici ,
 la vertu représentée d'un côté par un innocent agneau,
de l'autre par un bœuf placide est attaquée par des animaux féroces figurant le vice.

église romane de CHADENAC

Les très belles fenêtres des murs latéraux et les modifions du transept Nord sont également des plus remarquables .

église romane de CHADENAC

L'intérieur de l'église ne présente pas autant d'intérêt que l'extérieur quoique son élévation et ses élégantes proportions
en fassent un des plus beaux ensembles de la région.
La nef compte six travées relativement courtes, séparées par de fortes demi-colonnes adossées à des pilastres très saillants.
Six de ces pilastres sur douze ont leurs angles occupés par des petites colonnes qui supportent des arcs latéraux encadrant
chacun une fenêtre dont les angles sont garnis de trois colonnettes accolées.
Autrefois des doubleaux carrés portaient une voûte aujourd'hui remplacée par un simple tillis arrondi.

A la nef fait suite le carré du transept.
Le bras gauche de celui-ci abrite une chapelle voûtée en berceau, éclairée par une fenêtre en plein-cintre.
Un arc brisé curieusement appareillé encadre une absidiole. Ses claveaux ont la forme de volumes plats qui présenteraient leur dos.
Cette disposition existe en plus complet dans l'église voisine de Marignac.

La bras droit du transept est occupé par une chapelle voûtée en ogive à huit branches éclairée par une fenêtre gothique.
Le même style se retrouve dans la sacristie qui prolonge cette chapelle.

Les arcs de l'abside carrée voûtée en ogive avec formerets s'appuient à leurs retombées sur d'intéressants chapiteaux surmontant des colonnes d'angles.

Trois fenêtres éclairent l'autel ; la centrale est curieuse par son dessin à base de circonférences ornées de vitraux multicolores d'un très bel effet.
Sous  la  chapelle  Nord existe  une  crypte ossuaire.

église romane de CHADENAC

En définitive cette église classique dans son ensemble présente à côté de nombreuses particularités intéressantes une ornementation hors de pair
où domine abondamment et diversement répété le thème de la lutte du Bien et du Mal.

Mais d'autres motifs curieux s'y rencontrent, par exemple sur les chapiteaux les " Saintes Femmes au sépulcre " ;
le " Cavalier foulant aux pieds de son cheval un personnage ". " Un Christ dans une gloire soutenu par deux anges" ; des lutteurs, des entrelacs, etc..., etc.

Malheureusement ces parfaites sculptures ont beaucoup souffert.

Mais si l'on ne peut que regretter les méfaits de la pluie et du gel, que faut-il penser des hommes qui détruisent sciemment de telles œuvres d'art ?
 Un exemple va donner une idée très exacte du peu d'intérêt que suscitaient chez nos récents ancêtres,
ces vieilles pierres, même quand elles étaient aussi précieuses que celles de Chadenac.
 Les deux statues placées à droite et à gauche du portail devant les baies aveugles sont coupées en deux.
 Elles l'ont été au siècle dernier pour... abriter de la pluie,
 la boite aux lettres et le cadre aux affiches municipales !...

____________________Fin du texte de Charles CONNOUË 

Les églises de SAINTONGE
livre I épuisé

édition: R.DELAVAUD (Saintes)

avec leur aimable permission._______________________________




église romane de CHADENAC



Un autre descriptif, antérieur à celui de Charles Connouë:

LES ÉGLISES DE CHADENAC ET DE PÉRIGNAC
par M. François-Georges PARISET

CHADENAC

Dédiée à saint Martin, l'église de Chadenac fut construite dans la seconde moitié du XII e siècle (1). D'après Nodet et Dangibeaud, la croix qui domine le pignon porte deux dates, celle de 1627, qui est celle d'une restauration, et celle de MCL : cette mention, inscrite lors de la même restauration, reprend sans doute une indication ancienne ; elle correspond au style des décorations.

Intérieur.
— Nef sans bas-côté. Six travées étroites, rythmées par des colonnes à demi engagées dans le massif des contreforts et encadrées par des assises nues formant pilastres. Ces colonnes portent des chapiteaux avec astragale, corbeille en général dépouillées, tailloir carré fait de moulures simples et nettes, d'où partent les arcs-doubleaux, mais la voûte a été détruite sans doute lors des guerres de religion et elle a été remplacée par un plafond arrondi du XVII e siècle.

 Retenir les motifs géométriques du sixième chapiteau à droite, tandis que le chapiteau symétrique à gauche est creusé d'une réserve où paraît un couple.

LES ÉGLISES DE CHADENAC ET DE PÉRIGNAC

Du côté de la façade, la porte en plein cintre, la tribune et ses trois ouvertures également en plein cintre sont modernes.
Sur les côtés, des fenêtres étroites dans des arcades en plein cintre reposant sur des colonnettes qui rejoignent les pilastres ;
en guise de chapiteau, une étroite moulure de billettes en damiers ; de part et d'autre de chaque fenêtre, une colonnette.

Des reprises déjà notées par Nodet entre la nef et le carré du transept, avec une coupole octogonale portée par des arcs en tiers-point ; les deux arcs qui sont dans l'axe de la nef sont ornés de claveau à l'instar de l'église voisine de Marignac, mais plus simplement présentés. Le clocher sur la coupole, comme à Marignac, a été détruit en 1838 pour éviter de le réparer.


(1) Voir plan dans Congrès archéologique, 1894, p. 275.

Des reprises aussi pour le chevet carré. Il est roman avec ses colonnes d'angle et ses chapiteaux, dont l'un est orné d'une lutte à main plate. Dangibeaud signale le même thème ailleurs, mais ici « l'exécution est unique, absolument originale : on a bien l'impression d'un jeu plutôt que d'une bataille ».
Ce chevet a été remanié au XIV e siècle, où l'on a refait la couverture avec voûte d'ogives
et l'une des trois fenêtres, celle du centre.

Des reprises encore, déjà notées par Nodet, entre le carre du transept et le bras nord, qui forme une chapelle dédiée à saint Martin, avec une voûte en berceau, une ouverture en plein cintre, et surtout une sorte d'enfeu, destiné sans doute à un monument funéraire, voûté en arc brisé, avec des claveaux en forme de dos de livre, exactement comme ceux du carré du transept de Marignac, mais plus arrondis et irréguliers, de sorte que Chadenac, à deux reprises, semble dériver de Marignac.

Le bras sud du transept sous lequel subsiste un ossuaire est plus récent. Il est fait de deux travées séparées par un mur, de façon à organiser une sacristie, mais les deux travées sont semblables avec des voûtes d'ogives à huit branches, des fenêtres du XIVe ou du XVe siècle, et des chapiteaux du XVIe siècle, dont le style à l'antique s'inspire de l'église voisine de Lonzac : des reprises ont pu être effectuées par les artistes de Lonzac même.

Extérieur.

LES ÉGLISES DE CHADENAC ET DE PÉRIGNAC

 Pour les murs des bras du transept et du chevet, retenir les corbeaux du bras nord du transept, décorés d'incisions, traits parallèles, verticaux, obliques ou horizontaux, qui donnent l'illusion d'être les extrémités de poutres striées, comme si l'on voulait imiter la sculpture sur bois.

LES ÉGLISES DE CHADENAC ET DE PÉRIGNAC

Les murs de la nef sont des chefs-d'œuvre de proportion et d'ordonnance. Après le mur qui correspond au massif de la façade et s'élève jusqu'à la moulure, sans autre décor qu'un bandeau de dents qui continue le tailloir des chapiteaux de la façade, on a une suite de contreforts, flanqués de pilastres qui portent les arcs de décharge et, au centre de ces derniers, une fenêtre. Le rythme fait presque penser à une façade de cirque ou d'arène antique. L'ensemble est limité par une moulure de dents-de-scie et une autre de rinceaux, puis, après un mur nu, c'est le toit.

Mais la décoration des murs n'est pas uniforme.
Pour les trois premières arcatures en partant de la façade — ou plus exactement jusqu'au milieu de la troisième arcature — tout est simple : bandeau continu qui barre les contreforts et les pilastres et passe sous les fenêtres, second bandeau qui rejoint les pilastres et leur tient lieu de tailloir, faux claveaux bordés d'un liséré pour les arcs, deux colonnettes aux côtés de chaque fenêtre avec des chapiteaux très sobres et au décor géométrique. Les trois dernières arcatures sont plus ornées. De minces colonnettes et non plus des pilastres portent des arcs, décorés avec plus d'énergie et de fantaisie, des palmettes, de dents-de-soie et bordés à l'extérieur par une moulure ;

LES ÉGLISES DE CHADENAC ET DE PÉRIGNAC

 pour les fenêtres, trois colonnettes et des ares décorés de divers motifs, pointes de diamant en étoile ou en carré, roues.
Au côté sud, la quatrième arcature garde la trace d'une porte murée avec un arc surbaissé en anse de panier du XVI e.
La sixième d'une porte murée en plein cintre.

LES ÉGLISES DE CHADENAC ET DE PÉRIGNAC

La cinquième conserve trois socles nus placés à environ 1 mètre du sol et, au-dessus, une inscription
de deux lignes peu lisibles, avec deux fois le mot Guillelmus.


La façade est de type saintongeais, mais elle se singularise par son exubérance décorative et plusieurs traits exceptionnels.

LES ÉGLISES DE CHADENAC ET DE PÉRIGNAC



 Les photographies prises avant et après la restauration prouvent la nécessité de cette dernière, car le clocheton de 1840 avait trop pesé, il avait fissuré et déjeté la façade. Elles attestent aussi que les restaurations de la sculpture ont dépassé les limites actuellement recommandées.
Pour le rez-de-chaussée, trois arcades, celle du centre formant porte, les autres restant aveugles.
Des pilastres et des colonnes de même hauteur, mais avec, dos modules et des décrochements inégaux,
d'où un relief animé et des effets lumineux inattendus.  
Aux deux extrémités, un pilastre très saillant. Puis, pour chaque baie latérale, de part et d'autre,
trois colonnes engagées de plus en plus minces et un support arrondi.
Pour la baie centrale, de part et d'autre, huit colonnes.
Mêmes effets animés pour les chapiteaux plus larges ou aigus. Les tailloirs anguleux ont des chaînes de festons affrontés ou d'écailles qui s'opposent et s'étalent inégalement en formant une frise continue :
elle commence sur le côté extérieur des pilastres et décore même l'intérieur des arcatures aveugles,
mais elle est remplacée par des rinceaux pour le côté gauche de la haie centrale.

Les corbeilles de ces chapiteaux sont de trois types.
1° Feuillage stylisé, ainsi les feuilles d'acanthe des troisièmes colonnes de la porte, qui ont une note antiquisante.
2° Sujets historiés. Pour le pilier extrême à gauche, près d'un palmier,

LES ÉGLISES DE CHADENAC ET DE PÉRIGNAC


Constantin à cheval, foulant le vaincu, accueilli par une femme qui symbolise l'Église.

LES ÉGLISES DE CHADENAC ET DE PÉRIGNAC
Pour le pilier extrême, à droite, une première construction avec arcades, mur creusé d'une niche et deux tours, puis un personnage qui va vers la droite ;

LES ÉGLISES DE CHADENAC ET DE PÉRIGNAC
le côté du chapiteau vers le mur de la nef présente une autre construction avec un toit, à l'intérieur de laquelle s'élève une masse, autel, trône ou sarcophage, et, à droite, trois figures animées, qui vont vers la construction et qui sont les saintes femmes accourant au sépulcre vide, tandis que la scène précédente montre, semble-t-il, non pas l'ange annonçant la résurrection, mais le Sauveur ressuscité près du tombeau (note: analogie avec l'un des chapiteaux de l'église ex St Martin de Saujon). D'autres chapiteaux à figures sont très mutilés. Le second en partant de la gauche montre deux monstres attaquant un être vêtu d'étoffes collantes.

M. l'abbé Tonnellier nous suggère d'y voir Daniel et les lions dans la fosse. Dans l'état actuel, il est impossible de reconnaître un programme religieux pour ces chapiteaux.

3° Bêtes et monstres. Par exemple, oiseau aux ailes éployées, oiseaux affrontés, oiseaux tenant une tête. Les plus beaux de ces chapiteaux encadrent la porte ; ils sont d'un style excellent, mais ils datent de la  restauration
et ils ont remplacés deux chapiteaux dont on regrette la disparition.  D'une matière différente du reste plus blanche et lisse, sans doute en marbre, ils avaient des formes plus simples et accusées et portaient l'un et l'autre une croix en faible relief sur la corbeille;
la photographie (en noir et blanc non ici) montre le côté du chapiteau gauche qui est orné de trois lignes minces et divergentes, comme les épis d'une gerbe.
CHADENAC

Les plus curieux des chapiteaux authentiques sont le second à gauche de la baie, avec une grosse tête, des yeux baissés et une grosse bouche, et surtout, le quatrième en partant du bord, à gauche, le dernier à gauche
de l'arc de gauche : tête couronnée de flammes ou de plumes, gros yeux baissés, nez camus, grande gueule ouverte, dents serrant la colonne comme pont l'avaler. On trouve d'autres ligures analogues dans la région, par exemple à Échillais, mais aucune n'est aussi réaliste et avec autant d'ironie. M. de Chasse-loup Laubat rapproche avec
raison de telles figures de la grande goule du folklore local, des dragons chinois et des ornements mérovingiens.
Mais n'y aurait-il pas, entre la Saintonge et l'art des invasions, d'autres intermédiaires que les envahisseurs du VIe siècle?
On peut penser aux monstres sculptés en bois des drakkars des Vikings et des poutres des constructions Scandinaves.
Les hommes du nord n'auraient-ils pas apporté ce motif?
La sculpture sur pierre n'aurait-elle pas copié un motif de la sculpture sur bois?
Les arcs des trois baies ont une décoration riche et très variée, mais sans figure
pour ceux de côté.  

chadenac

En ce qui concerne l'arc de gauche, la voussure extérieure, qui correspond en gros au premier pilastre et à la colonne la plus avancée, forme un rebord extérieur  creusé de dents-de-scie et un beau réseau triple de nattes; après un galon vient une frise de quatre-feuilles dentelés, parfois striés, parfois ornés d'un coeur comme une rosette percée d'un trou; après un boudin, autre décor en dents-de-scie tourné vers l'intérieur ; après un autre galon, nouvelle frise d'étoiles à huit branches très bombées au centre ; après une zone de torsades en rinceaux assez restaurées et un dernier galon vient une dernière frise faite d'imbrications et tournée vers l'intérieur de la baie. Ces voussures ne correspondent pas aux colonnes; ces décorations se présentent face au spectateur, mais aussi sur les côtés; partout des courbes, des motifs, des contrastes de relief et de lumière, de sorte que cet ensemble roman a une force presque flamboyante.

chadenac

Le décor de l'arc aveugle de droite est aussi vigoureux, et il est plus riche en motifs végétaux : frises de feuilles plates qui deviennent des flammèches, puis entre un liséré en dents-de-scie et un galon, autre frise de rinceaux avec palmettes et tiges presque détachées du fond ; enfin après une zone en retrait décorée de dents-de-scie et une zone incurvée avec des billettes, on a une suite de feuilles plates traitées grassement.

portail de chadenac

La décoration du portail central se compose de huit voussures.
1° En partant de l'extérieur, des rinceaux, mieux conservés et plus souples à gauche, puis plus minces, semblables à des cordes et creusés au trépan, ou encore plus épais et enrichis de feuilles dentelées.
2° Huit figures debout, la meilleure étant la seconde à gauche, toutes, les pieds nus sur un socle, moulées dans des étoffes aux plis plus ciselés que sculptés ; plusieurs lèvent la main pour adorer, deux tiennent un livre, une autre un phylactère. Plusieurs sont décapitées, mais on distingue le nimbe sur le fond, les têtes conservées sont mutilées, l'une semble barbue. Au milieu de la zone, dans l'axe du portrait, des débris de sculpture. Avons-nous affaire aux apôtres ou aux vieillards de l'apocalypse adorant
l'agneau?   
3° Huit griffons allongés, le dos couvert d'écailles, les ailes striées, l'une serrée sur le côté, l'autre ouverte et rabattue sur le dos, la tête aplatie avec de gros yeux et une grande gueule — dans un cas, une corne sur la tête — des pattes de volatile et une queue qui s'amincit. Les monstres du haut de l'arc, queues entrelacées, font face, chacun de leur côté, à ceux qui montent vers eux ; de même pour les monstres suivants qui affrontent ceux des extrémités.

4° L'époux les vierges sages et les vierges folles- Le thème est fréquent dans la région et c'est à Corme-Royal que Chadenac présente le plus d'analogie, surtout pour le motif central du haut de l'arc : Une petite construction, deux colonnettes striées
 avec deux Chapiteaux vaguement corinthiens et surmontés d'une pomme de pin, qui portent une arcature ciselée et d'où partent vers les bords deux demi-arcatures ; dans les creux de ces dernières, deux masses en croissant de lune qui, par comparaison avec Corme-Royal, sont sûrement les battants de la porte centrale.

époux chadenac

Là paraît le Christ assis, les jambes eu raccourci, un joyau retenant l'étoffe sur la poitrine, une couronne surmontée d'une croix sur le visage, grave et doux, baissé vers le fidèle ; le Christ étend les bras, qui passent derrière les colonnes, et lève les mains, le tout avec une démesure qui rend plus saisissant le geste d'accueil et de bénédiction. Au milieu de la main droite, on distingue un rond en relief et, en bas des battants, deux masses qui sont, peut-être des encensoirs. Nodet a cru voir sur les colonnes et en ordre inverse l'oméga et l'alpha, et il a pensé que la main gauche s'appuie du côté des vierges folles sur le verrou d'une porte.
A gauche de l'époux, trois vierges sages, debout, coiffées d'un bonnet, vêtues d'étoffes aux plis souples, levant et ouvrant une main, fermant l'autre comme pour tenir un objet. Près de la première, on ne voit plus qu'une masse ronde ; pour la seconde, on reconnaît une lampe et pour la troisième une lanterne. A droite, les trois vierges folles assez mutilées ; la seconde laisse pendre son bras gauche et tient une lampe renversée ; les autres lèvent le bras en ouvrant la main pour appuyer sur elle la tête penchée en signe de douleur.

chadenac

5° Suite de personnages et de monstres qui parfois se combattent. Ceux du bas à gauche sont très détériorés : on croit deviner un être qui court en levant le bras ; un griffon, un dragon digne de Jérôme Bosch, et derrière lui un quadrupède, un être humain qui transperce d'un bâton un oiseau, un autre qui écrase de son pied et perce de sa lance un énorme escargot qui lève la tête et dont la coquille est ornée d'ailerons en plumes. Vers la droite, un être couvert de poils, peut-être un singe, lève le bras et serre la gueule d'un volatile monstrueux ; un autre, vêtu de belles draperies, les pieds pointus placés sur un dragon, plante sa lance dans le long cou de ce dernier ; un griffon ailé a piqué ses pattes sur la tête d'un homme nu qui se tord de douleur et, la gueule ouverte, les dents pointues, il commence à dévorer cette tête du côté de l'oreille ; enfin, deux dragons s'affrontent. Dangibeaud donne de quatre de ces figures une description un peu différente et il se demande si elles ne représentent pas des vertus, et telle est sûrement l'intention du sculpteur, d'autant plus que nous allons retrouver les vertus. Mais l'intérêt de Chadenac est que nous passons du thème du combat de la vertu, thème chrétien ou moral, au thème du combat pur et, sans doute, on peut soutenir que, par contamination, il s'agit toujours de la lutte du bien contre le mal, mais ces images apportées d'orient par les invasions n'ont-elles pas une valeur folklorique plus qu'une signification profonde? Dangibeaud note avec raison la parenté de Chadenac au point de vue de l'idée avec une voussure de Castelvieil en Gironde.

chadenac

6° Quatre figures. Les quatre Évangélistes? Celle de gauche, en bas, très mutilée. Celle de droite, en bas, qui marche, tient une hache et bénit, a été peut-être restaurée. Les autres bien conservées, sont belles. A gauche, un saint nimbé, portant une barbiche levant une main, et tenant de l'autre un glaive, serait saint Paul. A droite, un saint nimbé des stries sur la chevelure et la barbe pointue, des lignes pour marquer les plis de la robe, des pans d'étoffe déployés, place sa main gauche sur la poitrine et lève la droite qui est mutilée; tout près, une étoile est en débris. Ce personnage serait-il saint Jean?

chadenac

7° Six vertus : heaume conique, bliaud, ceinture, écu ovale, qui dans un cas est timbré de la croix ; elles foulent de leur pied un monstre et elles le percent de leur lance. Un monstre mieux conservé a un ventre gonflé et un visage grimaçant.

chadenac
8° Au centre, dans une gloire, le Christ, debout, les mains ouvertes, la tête baissée, regarde le fidèle : l'ensemble dépasse la voussure, sépare les vertus, et la tête du Christ atteint, la sixième zone. De part et d'autre, deux figures sveltes, mais mutilées, les têtes arrachées ou détruites en partie, levées vers le Sauveur. Puis deux autres figures dont le haut masque le bas des êtres précédents et dont les pieds reposent sur les chapiteaux. Les corps s'inclinent pour épouser la courbe de la voussure. Les étoffes plissées ou flottantes sont belles.

Au total, le fidèle voit d'abord Constantin et le Christ ressuscité; il voit ensuite le Christ glorieux, bienveillant et bénissant, entouré de figures qui l'adorent, de vertus qui luttent contre les vices : il voit aussi l'époux dans son palais royal et, tandis que les vierges sages l'adorent, les folles se lamentent ; il voit, enfin, sans doute, l'agneau et les apôtres. Bonne nouvelle de la Résurrection, de la rédemption et du triomphe chrétien, leçons morales, de sagesse et de vigilance, rien de commun avec les thèmes des abbayes savantes, les terribles visions des jugements apocalyptiques, mais une religion optimiste qui convient à un peuple villageois. D'autre part, des monstres, souvenirs de génies païens, des figures autrefois effrayantes et qui deviennent des motifs débonnaires. Le chrétien leur prête à la rigueur un sens, il se souvient qu'ils incarnent le mal et qu'on doit lutter contre lui, mais n'y voit-il pas aussi des motifs à d'étonnement et d'admiration? Et la profusion des motifs purement décoratifs s'explique dès qu'on admet que rien n'est trop beau pour orner la façade.

Or, à cet ensemble typiquement saintongeais, Chadenac ajoute des éléments non pas vraiment nouveaux, mais dont la réunion est exceptionnelle.

1° Personnages des niches des arcs latéraux, en bas-relief, grandeur nature, mais très usés et mutilés : en 1840, on a supprimé têtes et bustes pour placer le cadre des affiches municipales et la boîte aux lettres. Il serait téméraire de proposer une identité aux figures. Ce ne sont pas des donateurs, car on distingue leur nimbe sur le fond. Leurs pieds sont placés sur des monstres portés par un socle. L'ensemble de gauche est mieux conservé : sous le socle, des bêtes ou monstres qui luttent. Au-dessus de la figure, dans une manière de tympan, un homme et une bête sauvage se battent, et leurs formes se recourbent pour se plier au cadre. Faut-il vraiment reconnaître ici avec M. T. Sauvel saint Martin, patron de la paroisse?
2° Au-dessus des portails latéraux, des combats continuent. Dans une composition en courbe qui amplifie les voussures, deux bêtes, les pattes de derrière sur la voussure, s'opposent. Beaucoup de mutilations, mais la bête de gauche semble un lion et son vis-à-vis une énorme belette. Le monstre le mieux conservé est celui qui est à gauche du portail de droite avec son pelage strié, ses petites oreilles dressées, sa bouche ouverte dans un grand rictus ; il s'agit d'un chat sauvage. Formes allongées, membres musclés, élan nerveux, ces bêtes sont belles. En haut de la courbe, à chaque fois, une bête plus petite et très abîmée. M. T. Sauvel a noté le détail d'une archivolte de Saint-Aubin d'Angers où tout est de style saintongeais, et, partant de cette sculpture qui montre deux lions attaquant un marcassin qui à ses yeux symbolise le mal, il propose par analogie de reconnaître le même thème à Chadenac. 11 va plus loin. « La façade tout entière en tous ses éléments est dominée par l'idée de la lutte contre cet esprit. Elle est la façade des vainqueurs du Démon... Sa diversité apparente cache une unité parfaite. On n'y trouve rien qui s'écarte de l'idée principale. » A l'examen, les deux bêtes diffèrent l'une de l'autre. N'aurait-on pas, en vérité, un bœuf à droite, un agneau à gauche? Ne pourrait-on soutenir que l'innocence et là patience sont attaquées sans cesse et toujours en vain par les bêtes sauvages, incarnation du mal? Il n'est pas toujours facile de savoir qui, dans ces mêlées, représente le bien ou le mal. Pour le fidèle, ces combats ont aussi un sens religieux qu'il ne faut pas exagérer, mais ne lui rappellent-ils pas, d'autre part, les attaques du bétail, les dangers de la chasse, les menaces quotidiennes? Le réalisme même des sculpteurs témoigne de la vivacité de ces émotions perpétuelles.

3° Statues en bas-relief sur des supports qui affirment la division tripartite de la façade.   
Aux deux extrémités, pilastre court, strié de rainures imitant des cannelures. Au-dessus des colonnes saillantes du début du portail central, un fût trapu et un chapiteau un peu antiquisant avec des palmettes aux angles et deux galons de perles montant vers les bords en divergeant : vers le bas, au centre, on note deux rayures horizontales un peu relevées qui suggèrent peu à peu une bouche, tandis que le nez est formé par la zone verticale entre les bandes de perles et que les yeux sont faits des deux volutes supérieures. Certes, le chapiteau de droite est récent et a remplacé un chapiteau lisse. Mais celui de gauche est authentique et la figure qui fixe le spectateur avec ironie fait penser à l'art barbare et à l'art populaire.
Sur ces supports, quatre figures de  1 m25 environ, en bas-relief, plaquées contre le mur. Celle de gauche, très mutilée, serait, selon Nodet, un guerrier avec l'épée et le boucher. La seconde est une femme avec une longue robe, un pan d'étoffe évasé à gauche et une manche serrée. Sur l'étoffe ornée de la poitrine, deux bandes, et Nodet pense à des nattes sur une cotte d'arme. Ni tête ni mains non plus pour la troisième ligure, très belle avec ses ailes éployées, sa danse sur place, l'étoffe plaquée sur le ventre, plissée vers te bas, en flottant sur le côté. Elle devait tenir une lance pour percer le
monstre qu'elle écrase de ses pieds,  quadrupède à la grosse tête et à l'œil globuleux comme celui d'une sauterelle- A droite enfin, un dragon qui se tord en dressant sa queue et on distingue aussi des ailes levées qui appartiennent peut-être au monstre, peut-être à une autre figure très mutilée en train de percer de sa lance la tête du dragon,
La troisième figure est sûrement saint Michel.
Si l'on accepte l'hypothèse de la légende de saint Georges, souvent proposée, la seconde figure serait la princesse captive, mais
la première serait-elle le saint et la dernière le dragon ou saint Georges luttant contre
le dragon?

chadenac

L'arcature du premier étage, plus simple, présente cinq arcs marqués par une archivolte nue et surmontés d'une moulure de dents-de-scie ou de pointes de diamant qui se prolonge jusqu'aux bords de la façade. Elle est portée par des colonnes dont les chapiteaux à double tailloir ont des corbeilles sans décor.
A l'intérieur de chaque arc, deux autres arcs portés par des colonnes et chapiteaux semblables. Celles des extrémités sont séparées par une assise de pierre des premières colonnes ; d'autres encadrent les colonnes des arcs précédents ; d'autres sont isolées. Les tailloirs sont prolongés par une moulure. Avant la restauration il n'y avait pas de colonne ni de chapiteau pour l'arc central au-dessus de la porte, et on distinguait mieux une ouverture murée, en plein cintre.
Les colonnes reposent sur une corniche. Le devant de la tablette est décoré de rinceaux découpés sur le fond, parfois minces et géométriques, parfois épais et gras. La tranche supérieure des modillons est nue, mais la partie inférieure courbée porte trois bandes de stries incurvées et parfois des rinceaux. Entre les modillons, des plaques décoratives ou des têtes : nattes au dessin géométrique, quatre-feuilles, étoile à quatre branches, cordes formant un cercle entremêlé de deux ovales. Il y a aussi une dizaine de têtes. Certaines sont peu lisibles. Ainsi, à droite du portail, celle d'un cheval sans doute, à gauche, celle d'un animal indéterminé. Les têtes les meilleures sont barbues. A deux reprises, deux figures, l'une d'homme, l'autre de femme, entre deux modillons. Celles qui surmontent le portail central sont en bon état, mais ce sont des faux récents qui ont remplacé les débris antérieurs à la restauration.
Au-dessus des arcatures, une corniche ornée de billettes, puis le pignon, avec, au centre, une arcade creusée d'une niche vide, couronnée d'une moulure sculptée qui se prolonge de part et d'autre de l'arc, d'abord horizontalement, puis en oblique, pour rejoindre les bords du pignon.
La décoration de Chadenac est caractéristique de la région, de l'éclectisme avec des influences antiques, barbares, nordiques, du réalisme avec le sens de la vie, de la fantaisie, avec la passion d'apporter une belle décoration à la maison de Dieu, si bien que les motifs chrétiens sont submergés par des détails qui ne le sont pas. Pour le style, il se rapproche de celui d'Aulnay. Ce style passe pour dériver de l'école du Languedoc : surfaces polies, plates ou doucement arrondies, détails calligraphiés ou réduits à de petits bourrelets ou à des incisions sinueuses, autant d'analogies avec l'art du Languedoc, mais une autre parenté est possible. M. G. Gaillard relie, en effet, les sculptures d'Aulnay, de Chadenac, de Pérignac aux figures d'évêques de l'abbaye de Moreaux exécutées entre 1125 et 1152, et pour lui c'est, en Espagne que l'on trouvera un «rapprochement possible et peut-être les sources de cet. art ». « L'Espagne n'aurait donc pas seulement inspiré aux sculpteurs de l'ouest de la France les rinceaux et des monstres décoratifs, mais aussi, en partie du moins l'art de la ronde bosse et le délicat modèle de la figure en plein relief. »

 


Septembre 2014

Retour à l'ART ROMAN en Saintonge

Retour à Belle Saintonge