Les lanternes des morts 

de la  SAINTONGE



Photos de Bernadette PLAS, Michel ROCHAT et Alain DELIQUET

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On ne trouve les lanternes des morts que dans les cimetières.

Les lanternes des morts ( ou fanal ou phare de cimetière) se rencontrent essentiellement sur 
les possessions de l' ancien duché d'Aquitaine dans ses limites des XIe & XIIe siècles et 
dont l'épicentre serait approximativement Limoges.

Se sont des tours creuses, (circulaires, carrées, octogonales ou composées de colonnettes) 
surmontées d'un pavillon ajouré dans lequel on pouvait placer une lampe allumée.

En limousin, la hauteur moyenne de ces lanternes romanes est comprise entre 6 et 8 mètres
et des sarcophages mérovingiens leurs ont souvent servi à confectionner un soubassement.

Certains clochers d'église pouvaient de par leur conception servir également de lanterne des morts.

Quel rôle avaient-elles?



Étaient-elles allumées chaque nuit, ou durant certaines occasions ? 

Est-ce en rapport avec la notion de purgatoire inventé à cette époque?

Est-ce la manifestation d'une interprétation locale du destin de l'âme après la mort qui voyagerait au lieu d'être en léthargie?

(Est-ce en rapport avec cette culture locale en SAINTONGE qui semble refuser les 
représentations traditionnelles de la Parousie ...
_En effet: il n'y a pas de tympans en façade des églises de la SAINTONGE (*)_
On se distingue peut-être en croyant à l'immortalité immédiate de l'âme après la mort,
_sans attendre la résurrection_
et si l'âme voyage il lui faudrait rester dans la lumière pour ne pas tomber dans les ténèbres. ?
Réservait-on aux âmes vivantes des défunts le même traitement qu'aux moines qui devaient rester dans la lumière
même la nuit en compagnie d'une bougie allumée ?)

Est-ce une dispense ou alternative à une série de messes pour un ou plusieurs défunts?

Étaient-elles destinées à éloigner les esprits mauvais qui selon une croyance harcellaient encore les âmes des défunts ?

Est-ce en rapport avec une coutume rapportée des croisades?

Est-ce une réminiscence de croyances celtiques ou wisigothiques?

nul ne le sait !

Certains supposent que les lumières des cierges déposés sur chaque tombe ont été remplacées 
par une flamme unique sur un monument dans la nécropole commune, mais dans ce cas
pourquoi cette pratique ne s'est-elle pas généralisée?

Note: (*) Les tympans représentent en grande majorité le retour triomphal du Christ, à la fin des temps, moment de gloire qui 
est aussi celui du jugement des vivants et les morts, certains ressuscités vont en Enfer d'autres au Paradis...
L'église a simultanément inventé le Purgatoire car il faut bien caser quelque part les âmes en attente de cette fin des temps...
_C'est cette représentation de la  PAROUSIE qui est quasi absente en SAINTONGE.

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On  trouve aussi des lanternes du XIVe en Italie et du XV ou XVIe en Europe Centrale.

Le seul témoignage écrit qui évoque une telle structure dans le contexte du XIIe siècle est un passage du De miraculis de Pierre le Vénérable. La scène se passe la veille de la Noël, vers 1150, au prieuré clunisien de Charlieu dans la Loire. Un jeune oblat voit apparaître son oncle Achard, mort depuis quelques années, qui l’invite à le suivre pour contempler des choses merveilleuses. De fait, après avoir quitté le dortoir et traversé cloître majeur et cloître des malades, ils arrivent au cimetière. Là, dans une clarté indéfinissable, l’enfant voit une foule innombrable d’hommes vêtus de l’habit monastique, assis sur des sièges. La scène se poursuit avec la description d’une véritable lanterne des morts :
Il y a, au centre du cimetière, une construction (structura) en pierre, au sommet de laquelle se trouve une place qui peut recevoir une lampe (lampas), dont la lumière (fulgor) éclaire toutes les nuits ce lieu sacré, en signe de respect (ob reverentiam) pour les fidèles qui y reposent. Il y a aussi quelques degrés (gradus) par lesquels on accède à une plate-forme (spatium) dont l’espace est suffisant pour deux ou trois hommes assis ou debout.

Certaines ont une pierre saillante qui pouvait être un autel ou le support pour poser un objet tel qu'un antiphonaire.

(La période révolutionnaire leur fut particulièrement néfaste. De nombreux  cimetières, situés autour de l'église au milieu du bourg furent frappés, en vertu de salubrité publique, d'arrêtés les obligeant à se déplacer à la périphérie. elles se retrouvent ainsi de nos jours sur des places publiques, proches des églises). 

On en dénombre une quarantaine d'exemplaires surtout dans les anciens évèchés de Poitiers, Limoges et Saintes. 

Le chanoine Leclerc en avait dénombré 112, dont 23 en Haute-Vienne.

Les deux les plus majestueuses sont celles de Saint-PIERRE d'OLERON plutôt gothique
et celle de FENIOUX toutes deux dans l'ancienne province de la SAINTONGE

La lanterne de FENIOUX (17)

Commune du Canton de SAINT-SAVINIEN
(à 8 kms à l'Est de Saint-Savinien et à 7 km an Sud-Ouest de Saint-Jean-d'Antgély)

La lanterne des morts de FENIOUX

La lanterne des morts de FENIOUX vue de l'est




C'est une tour formée d'un ensemble de onze colonnes accolées dont les chapiteaux portent une légère corniche circulaire
sur laquelle se dressent treize autres colonnes plus petites, plus courtes et indépendantes, formant la lanterne.
Sur leur couronnement est posée une pyramide carrée dominée par une courte croix.
Les quatre côtés de la pyramide sont recouverts de grosses écailles aiguës, très saillantes, surtout sur les angles.



entrée de la lanterne

L'entrée de la lanterne

vue sur les lanternes du clocher de l'église de FENIOUX

vue sur la ou les lanternes du clocher de l'église de FENIOUX



Votre serviteur dans l'escalier de la lanterne qui compte 38 marches

La lanterne vue de l'intérieur

La lanterne vue de l'intérieur

La lanterne de FENIOUX vue de l'extérieur
 
La lanterne de FENIOUX vue de l'extérieur
Les segments de la circonférence à la base de chaque pan sont chargés d'un court pyramidion terminé par une boule de pierre.
L'une de ces boules côté sud, porte un croissant sur le faîte d'une des colonnettes;

13 colonnettes au-dessus de 11 colonnes
Le chiffre 12 est volontairement écarté !

11 apôtres pour écarter Judas puis 13 pour les témoins de la résurrection?
(judas s'est suicidé)  qui seraient les 2 autres?
Marie-Madeleine et Marthe? (Marc §28 verset 1
Marie-Madeleine et Pierre  ou Pierre et Jean (Jean § 20 versets 1-8)


Il y aurait là un message caché: celui de la résurrection.
La flamme serait alors la lumière divine éclairant le monde
symbolisé par les quatre pyramidons ?



détail des colonnettes de la lanterne

détail des chapiteaux et des colonnettes de la lanterne de FENIOUX

détail du socle de la lanterne de FENIOUX

détail du socle de la lanterne de FENIOUX

Les six lanternes de FENIOUX
la lanterne de FENIOUX et son caveau qui fut un ossuaire.

Le clocherde l'église comporte aussi des  lanternes. Quatre lanternons à l'étage des cloches et une lanterne au-dessus.
Le clocher de l'église comporte donc cinq lanternes
Le clocher proprement dit est formée de quatre fenêtres avec tympan et arcatures géminées posées sur de légères colonnes,
A ses angles en pans coupés et soudés en quelque sorte à la lanterne, quatre lanternons d'une rare sveltesse chargent chaque coin de la plate-forme.
Ces lanternons abattus à une époque indéterminée, n'existaient plus au siècle dernier. Ils ont été rétablis en 1896.
Au_dessus, une autre lanterne plus étroite et moins élevée, sorte de délicate couronne formée de colonnettes doubles
qui reçoivent les retombées d'une petite arcature circulaire en plein cintre. 

peinte par BOURDEAU

Lanterne des morts de FENIOUX peinte par BOURDEAU on y distingue très bien le croissant .

La Lanterne de Saint-PIERRE d' OLERON (17)

Voici la plus haute des lanternes des morts (environ 24 mètres)
celle de St PIERRE d' Oléron, peinte au XIX e par BOURDEAU 

peinte par BOURDEAU

La lanterne de Saint-PIERRE d'OLERON est de style gothique naissant.


elle se présente comme une tour octogonale aux longues lignes ascendantes, 
pouvant être rattachée au style Plantagenêt. 
La partie inférieure accueille des faisceaux de colonnes ornées de chapiteaux formant une série d'arcades légèrement brisées, 
l'ensemble étant surmonté d'un lanternon surmonté d'une flèche en pierre. 
Une petite porte donne accès à un escalier à vis (non accessible à la visite) et à la plateforme sommitale, 
où brûlait autrefois le feu. 
Le tertre qui sert de support à la lanterne est l'ancien ossuaire du cimetière, aujourd'hui désaffecté

La pseudo lanterne de RIOUX (17)

Il existe un monument à RIOUX qui est similaire à une lanterne mais dépourvu de cavité intérieure.

dessin de LESSON

La pseudo-lanterne de RIOUX par LESSON

RIOUX

A RIOUX il s'agit d'une croix hosannière ou de procession et non d'une vraie lanterne.

Les croix hosannières sont des édicules funéraires souvent contemporaines des lanternes. 

De taille et de formes diverses, ces croix sont quelquefois munies d'un pupitre pour y recevoir l'antiphonaire (livre de chants ou de prières)
ainsi que d'une tablette et d'un bénitier.

A l'occasion de la fête des rameaux, une procession partait autrefois de l'église en direction du cimetierre.
Toutes les croix de carrefour, où l'on s'arrêtait pour chanter les antiennes et les psaumes, étaient décorées
avant ou pendant la procession avec du buis bénit et parfois des narcisses jaunes dans le nord-Limousin.

La croix centrale du cimetierre, où la procession s'arrêtait pour chanter et/ou prier ou réciter l'évangile
était décorée de la même façon.
Décorées de buis, ces croix prirent le nom de croix "hosannières" ou bien parfois de croix "buisées" ou "boissées
ou "boissières" ou encore de croix des Rameaux

(La messe du dimanche des rameaux commençait  par "Hosanna Filio David O Rex Israël, Hosanna in excelcis..."

AILLEURS qu'en SAINTONGE:

Voici deux lanternes très représentatives de la plupart des autres lanternes du POITOU:



PRANZAC (16)




la lanterne de PRANZAC était dans l'ancien cimetière

la lanterne de PRANZAC

la lanterne de PRANZAC


la lanterne de PRANZAC

L'entrée de la lanterne de PRANZAC




la lanterne de PRANZAC

Les marchepieds de la lanterne de PRANZAC

la lanterne de PRANZAC

Le socle de la lanterne de PRANZAC

Elle fut édifiée à la fin du XIIe siècle, dans le cimetière paroissial près de la voie reliant Angoulême à Montbron et St Mathieu, 
à proximité de l'église paroissiale Sainte Catherine (qui fut détruite au XVIIe siècle et se trouvait de l'autre côté de la route).

A partir du premier Empire, on devait transférer les cimetières hors des bourgs. 
Suite à des plaintes de riverains puis du don d'un terrain par des notables de la commune de PRANZAC
ce cimetière fut transféré définitivement en 1865 sur la route de Bunzac, si bien que de 1865 à 1880 la lanterne resta sur un terrain vague.

La lanterne de PRANZAC fut classée en 1905.

D'autres lanternes sont bien connues, celles de Cellefrouin (16) ,  de Brigueil, d'Artigny dans la Vienne, d'Oradour sur Glane(16) etc...



La lanterne de PERS (79)



La lanterne des morts de PERS (16)

Remarquez les pierres tombales traditionnelles au premier plan
Ce sont  des cénotaphes qui sont placés sur des supports peu élevés consistant en de simples blocs de pierre ornés ou non, voir sur des boudins
Taillées en bâtière, elles sont monolithes, hexagonales, avec deux panneaux d’extrémités, deux larges rampants et une crête aplatie

Pierres tombales anciennes

Certaines ont une forme plus originales
Aux XVII voir XVIII e certaines n'ont pas d'inscriptions mais une représentation
de l'activité du défunt (épée, livre, outils de tisserand, de forgeron, d'agriculteur etc...

La lanterne des morts de PERS (16)

L'autel ?

La lanterne des morts de PERS (16)

L'intérieur de la lanterne de PERS

La lanterne des morts de PERS (16)

Les pierres tombales mérovingiennes du cimetierre de PERS

perres mérovingiennes ou wisigothes

Les pierres tombales mérovingiennes du cimetierre de PERS


Autres édifices dans les cimetierres au XIIe :
Les chapelles romanes cimetériales


sont d'autres édifices qui comme à  Montmorillon se trouvaient sur des ossuaires dans les cimetierres.

la chapelle de montmorillon
(photo: source Wikipédia)

L'octogone (La Maison Dieu) de MONTMORILLON
Ancienne chapelle funéraire du XIIème s. construite sur le modèle du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Elle est unique en Europe sous cette forme. 
Au sous-sol se trouvait un ossuaire. 
La porte est surmontée de quatre groupes de statues représentant entre autres, Marie et Elisabeth (la Visitation), l’archange Gabriel, les quatre évangélistes et deux femmes nues

Ouvrage cité: André Lecler, étude sur les lanternes des morts; Ducourtieux, Limoges, 1882-1885, 2 volumes

Autres ouvrages: Bougoux, de l'origine des lanternes des morts; Bellus, Bordeaux, 1989
Daniel Arnaud, Guide des richesses artistiques de la Haute-Vienne; Souny, 1986
Arnold Van Gennep, le folklore français, Robert Laffont, Paris, 1999
Marcelle Delpastre, los contes dau Pueg Gerjan, Lemouzi n°33, Tulle, 1970


"Faisons parler les lanternes des morts "


Un document sur le sujet:


De Cécile Treffort du CESCM, Université de Poitiers .

 « Les lanternes des morts : une lumière protectrice ? »,
Cahiers de recherches médiévales  2001, mis en ligne le 09 juin 2006.
 URL : http://crm.revues.org/393

Dont voici le plan:


Les lanternes aquitaines
  • Historiographie des lanternes des morts
  • Définition et description des lanternes des morts
  • Chronologie et répartition géographique
Lumière et eschatologie
  • La lumière divine
  • La lumière de l’attente vigilante
  • La lumière rédemptrice
Lumière et protection du cimetière
  • Le cimetière et ses dangers
  • La protection du cimetière
  • Pierre le Vénérable et l’« Aquitaine seconde »
Conclusion

  • Avec quelques croquis de lanternes.
  • et leurs principales implantations:

localisation des lanternes des morts

Localisation des lanternes des morts (Source : Cécile Treffort)




L'usage de lanternes et des fanaux dans les cimetières perdure encore ?
Des réminiscences ?


lampes sur des tombes

Des lampes à huile sur des tombes (photo prise en 2014)

Des lampes à huile partout sur chaque sépulture

lampes à huile sur des tombes

Est-ce la même signification ?

Cimetière au Portugal (village de CONDEXHA VELHA)
Près de CONIMBRIGA (on y va à pieds depuis les ruines romaines)


......




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