L'église Sainte Radegonde

de BON-ENCONTRE (47)



Photos d'Alain DELIQUET (2023)


Les photos sur ce site peuvent être utilisées exclusivement à des fins non commerciales après autorisation et sous réserve de mentionner la source.

BON - ENCONTRE Commune du département du Lot et Garonne à proximité d'AGEN.


Cet édifice comprend une nef unique avec un portail ouvrant au Sud dans la première travée, un faux-transept portant une haute tour carrée, remaniée, desservie dans l'angle Nord-Ouest par une tourelle d'escalier cylindrique, une abside à contreforts plats éclairée de baies étroites ébrasées vers l'intérieur. L'appareil, de dimensions moyennes, est régulier. Les corniches ont disparu. Les superstructures ont été reprises en pierre et brique postérieurement au Moyen Age. L'intérieur est très défiguré.

Le portail possède deux rouleaux en plein cintre légèrement outrepassé portant des tores et des cavets. Les chapiteaux à entrelacs sont dans le style du XIe siècle finissant, mais il doit s'agir d'une survivance comme cela se produit fréquemment en Agenais dans les églises du XIIe siècle. Les bases sont en cloche. Entre les colonnes, les arêtes des piédroits portent des pointes-de-diamant ou des crochets courts.

____________________ Texte tiré de Guyenne Romane  _ Collection "La nuit des temps" 

Livre épuisé, Édition: ZODIAQUE (La Pierre-qui-vire)

____________________________________________________________________________


L'ÉGLISE SAINTE - RADEGONDE  de BON-ENCONTRE.

Longueur largeur hauteur:

Abside:  4m 00; 5m 60
Travée du chœur: 5m 60; 5m 10; 11m 70
Nef:  12m 40; 5m 50



La nef divisée par des colonnes-dosserets est actuellement plafonnée ,



 mais elle avait probablement autrefois une voûte en berceau. On voit encore la base en retraite de cette voûte dont la hauteur devait être égale à celle de l'abside.



Toutes les courbes sont à plein cintre.
Les trois fenêtres anciennes de l'abside traversent des contre-forts
( épaisseur, 0m 18 ; largeur, 1 mètre ) établis sur ces points.
Ces baies , hautes et étroites comme des archères, ont un large ébrasement à l'intérieur. A l'extérieur leur cintre est creusé dans une
seule pierre.



La tour carrée du clocher, remaniée à diverses époques n'a plus sa hauteur primitive. On y monte par une tourelle accolée au nord. Dans son état actuel, ce clocher correspond avec une retraite fortifiée établie sur l'extrados de l'abside. Cette pièce semi-circulaire est percée de trois meurtrières placées fort haut, mais auxquelles on devait accéder par une galerie de ronde dont les supports s'implantaient dans des trous de boulin qui existent encore.



Une pierre d'évier, maçonnée dans un angle, prouve que cette pièce a été habitée.
Ainsi à Sainte-Radegonde, comme à Sauveterre, comme à Saint-Front, comme à Lusignan, à l'époque des guerres féodales, des luttes contre les Anglais ou des troubles du XVIe siècle on s'est retranché dans l'église et pour transformer le sanctuaire en donjon ou en poste d'observation on a surélevé l'abside accolée au clocher.

A Sainte Radegonde, cette retraite fortifié n'est qu'une addition postérieure. Je tiens à l'établir, et voici pourquoi : ses parements extérieurs sont en petit appareil avec chaînes de briques et tranchent avec tout le reste de la construction qui est en moyen appareil.
Aussi quelques archéologues ont-ils prétendu, après un examen superficiel, que l'église devait être bien antérieure au XIe siècle. Ils n'ont pas observé que les contre-forts de l'abside s'interrompent avant d'atteindre les assises du petit appareil , que cette construction d'une hauteur anormale n'a point de corniche pour couronnement, enfin , qu'à partir du point où commencent ces mêmes assises , il n'y a plus de raccords avec les murs de la tour. Il suffit du reste de pénétrer à l'intérieur de la retraite pour s'apercevoir que cette construction a été faite à la hâte, avec les premiers matériaux venus, qu'elle est cimentée avec un mortier composé de terre, qu'elle n'a point enfin l'apparence antique.

On a simplement utilisé dans ce cas les petites  pierres cubiques empruntées aux substructions gallo romaines qui sont communes à Sainte-Radegonde. On peut voir dans les environs des murs modernes construits avec des matériaux semblables.
J'insiste bien longuement sur un fait qui ne serait que d'une médiocre importance s'il fallait considérer seulement l'église de Sainte-Radegonde. Mais j'ai voulu conclure de cet exemple bien constaté qu'il ne faut pas accepter à la légère comme une présomption d'antiquité l'emploi du petit appareil dans les monuments du moyen âge.



La porte est située au midi, au bas de l'église. Deux colonnettes s'élèvent de chaque côté dans les angles rentrants des jambages. Des tores forment trois archivoltes plein cintre.



 Aux pieds-droits , aux chapiteaux s'appliquent de grossières palmettes, des étoiles à huit pointes, des feuilles et des torsades. A l'intérieur, mêmes motifs d'ornementation primitive sur les colonnes du sanctuaire. Leurs chapiteaux n'ont pas de volutes et les ornements qui les décorent,
feuilles de charme ou d'ormeau, tiges irrégulières, boutons, rainures sont de peu de relief.






 Il y a même des dessins en creux.



Dans la nef les corbeilles sont simplement épannelées. Le style barbare de ces sculptures témoigne de leur ancienneté relative.
Mon opinion est qu'il faut attribuer l'église de Sainte-Radegonde à la première moitié du XIe siècle. Je serais d'ailleurs fort disposé à admettre que les églises à contre-forts plats et sans ressauts dans lesquelles d'étroites fenêtres sont percées précisément au centre de ces points d'appui , doivent être classées parmi les plus anciennes de l'époque romane. J'ai remarqué que généralement dans ces églises le plein cintre est
exclusivement employé.



Je ne parle que pour mention de deux chapelles modernes ouvertes, l'une à droite, l'autre à gauche de la nef de Sainte-Radegonde. Ces annexes ne font que défigurer la vieille église.
(Le porche, la sacristie et deux chapelles ont vraisemblablement été construits au XVIIIe siècle.)
 

____________
Texte intégral tiré du livre "Études sur l'architecture de l'Agenais" par G. THOLIN. _________


Faisons parler les sculptures... ou du moins essayons !



Au-dessus du portail est remployé un bas-relief de marbre ou de calcaire fin, où figure les lettres "P", "X" et "I" très évidentes, dans un médaillon tenu par deux quadrupèdes. L'ensemble X, P et I est pour moi un monogramme inédit du CHRIST puisque ce pourrait être les trois premières lettres de "Χριστός" (Christos en grec). 

En effet,  le P superposé au X avec J et C aux extrémités (J.C.) est plus courant... mais certainement plus latin ? Ici point de J.C. bien que I ou J soient souvent confondus.

L'ensemble, placé dans un cercle -symbole de perfection ou bien première lettre de  θεός « dieu » en grec_ avec les extrémités des lettres se terminant non pas en pointes bifides, mais en fleurs trilobées _ symbole trinitaire, ou bien fleur de lys: la pureté _ convient parfaitement pour symboliser le Christ. Le fait que les quadrupèdes n'ont pas leurs queues entre les pattes _ position dite de "maîtrise"_ inventée au XIe  indique une origine antérieure. Le fait que les traits soient constitués de trois brins se terminant en trois lobes de fleurs, exclue une origine arienne _chrétiens orientaux dits hérétiques depuis le IVe siècle, pour qui le père est supérieur au Fils et au Saint-Esprit _ .

J'opte pour un monogramme d'origine orientale, Wisigoth, postérieur à la conversion de Récarède Ier au VIIe siècle, réemployé à bon escient.

Les chapiteaux n'ont pas interressé G. THOLIN, voyons les de plus près:

Ce pourrait être le classique chapiteau des volatils qui s'abreuvent au calice, sauf qu'ici le calice n'en est pas un et que les motifs des ailes est plutôt original, voire oriental, sauf aussi que les volatiles d'habitude ont chacun leurs têtes et leurs becs... 

Je n'ai pas trouvé de symbolique satisfaisante faute de pouvoir identifier le type de calice si cela en est un !

Encore une énigme avec ce tailloir très originalement dissymétrique et une corbeille de feuilles aux nervures en "V" très dissymétriques également avec en prime deux dessins gravés de simples traits carréiformes et centripètes, signes symboliques nouveaux pour moi.

Les chapiteaux de la nef sont trop peu élaborés pour éclairer le sens du message des précédents.

Le plan de l'édifice

Il y a aussi un beau nid de faucon crécerelle juste en face:

_______________________________ Je remercie Mme Ferrand de l'association  "Les amis de Sainte Radegonde" 

qui a eu la patience d'attendre pendant la séance photos. ______________


A.D. Avril 2023

 

Retour à l'ART ROMAN

Retour à Belle Saintonge